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Conformité

Allergènes en restaurant : vos obligations d'information (guide 2026)

Les 14 allergènes à déclaration obligatoire, comment informer le client sur place et en livraison, organisation en cuisine et contaminations croisées : le guide complet.

Par L'équipe auditresto360 · 7 avril 2026 · 14 min de lecture

En restaurant, l'information sur les allergènes n'est pas une option. Tout établissement qui sert des plats doit pouvoir indiquer à un client la présence des 14 allergènes à déclaration obligatoire dans chaque préparation. Cette obligation s'applique sur place, à emporter, en livraison et en vente à distance. Elle découle du règlement européen INCO (UE) n° 1169/2011 et, pour les denrées non préemballées vendues en France, du décret n° 2015-447.

Concrètement : un client allergique vous demande si votre risotto contient des produits laitiers, vous devez avoir la réponse, immédiatement et de façon fiable. Pas une approximation. Pas un "je crois que non". Une information exacte, qui peut être affichée ou disponible à la demande, mais qui doit exister et être accessible.

Ce guide détaille les 14 allergènes concernés, les formes d'information autorisées, l'organisation en cuisine pour éviter les contaminations croisées, le rôle des fiches recettes, la formation du personnel, le cas particulier du sans gluten, et la responsabilité qui pèse sur le restaurateur. Avec des exemples concrets et le regard que porte un auditeur sur ce point lors d'un passage en cuisine.

Les 14 allergènes à déclaration obligatoire

La liste est fixée par l'annexe II du règlement INCO. Elle est identique dans toute l'Union européenne et ne dépend pas du type d'établissement. Un food truck, un étoilé et une brasserie de quartier sont soumis aux mêmes 14 catégories.

# Allergène Exemples courants en cuisine
1 Céréales contenant du gluten Blé, seigle, orge, avoine, épeautre, kamut (farine, pâtes, panure, sauces liées)
2 Crustacés Crevettes, gambas, langoustines, crabe, homard
3 Œufs Mayonnaise, pâtisseries, pâtes fraîches, liants
4 Poissons Filets, bouillons, sauces (nuoc-mâm, Worcestershire)
5 Arachides Cacahuètes, huile d'arachide, sauces asiatiques
6 Soja Sauce soja, lécithine, tofu, edamame
7 Lait Beurre, crème, fromage, lactosérum (y compris traces dans charcuteries)
8 Fruits à coque Amandes, noisettes, noix, noix de cajou, pistaches, pécan, macadamia
9 Céleri Branche, rave, sel de céleri, fonds de sauce
10 Moutarde Graines, condiment, vinaigrettes, sauces
11 Graines de sésame Pains, houmous, huile de sésame, tahini
12 Anhydride sulfureux et sulfites Au-delà de 10 mg/kg ou 10 mg/L (vin, fruits secs, certaines charcuteries)
13 Lupin Farine de lupin (présente dans certains pains et pâtisseries)
14 Mollusques Moules, huîtres, escargots, calamars, Saint-Jacques

Deux pièges reviennent souvent. Le premier : l'avoine et l'épeautre sont du gluten, beaucoup de cuisiniers l'ignorent. Le second : le céleri et le lupin passent inaperçus parce qu'ils se cachent dans des fonds de sauce, des bouillons industriels ou des farines de boulangerie. Un fond de veau du commerce peut contenir du céleri sans que vous y pensiez.

La règle vaut aussi pour les dérivés. Le beurre déclenche l'allergène lait. La panure déclenche le gluten. Une huile d'arachide raffinée reste à déclarer dans la catégorie arachides. Quand un ingrédient dérive d'un allergène, l'allergène d'origine doit apparaître.

L'obligation d'information : ce que dit le texte

Le règlement INCO impose que l'information sur les allergènes soit fournie pour toutes les denrées, qu'elles soient préemballées ou non. Pour la restauration, qui sert majoritairement des denrées non préemballées (un plat dressé à l'assiette n'est pas un produit emballé), c'est le décret n° 2015-447 du 17 avril 2015 qui fixe les modalités françaises.

Ce décret prévoit que l'information sur la présence d'allergènes dans les denrées non préemballées est portée à la connaissance du consommateur. Elle doit être disponible et facilement accessible. Le texte laisse une souplesse sur la forme, mais pas sur le fond : l'information doit exister et être communicable.

Trois principes à retenir.

L'information porte sur les 14 allergènes, pas seulement sur ceux que vous jugez "importants". Tous sont sur le même plan réglementaire.

Elle doit être fiable et à jour. Si vous changez de fournisseur de pain et que le nouveau contient du lupin, votre information doit suivre.

Elle doit être accessible avant la commande, ou au moins au moment où le client la demande, de façon claire et sans devoir insister.

Sur place : affichage écrit ou information à la demande

Pour le service en salle, le décret de 2015 autorise deux grandes formes. Vous choisissez celle qui convient à votre organisation, à condition que le client puisse réellement obtenir l'information.

Forme 1 : support écrit accessible. Vous indiquez les allergènes directement sur la carte (par pictogrammes ou mentions), ou sur un support à part disponible à toute table : un classeur, un cahier de recettes synthétique, un set, une ardoise. Le client consulte sans avoir à demander.

Forme 2 : information disponible "à la demande". Vous n'affichez pas systématiquement, mais une mention écrite indique au client qu'il peut obtenir l'information sur les allergènes auprès du personnel. Cette mention doit être visible, par exemple sur la carte ou à l'entrée. Et derrière, le personnel doit pouvoir répondre, support à l'appui.

Dans les deux cas, un point est non négociable : l'existence d'un support écrit en interne. Même si vous fonctionnez "à la demande" en salle, vous devez avoir un document de référence en cuisine qui liste, plat par plat, les allergènes présents. Sans ce document, le serveur improvise, et c'est exactement ce que la réglementation cherche à éviter.

L'erreur classique consiste à tout faire reposer sur la mémoire du chef. Le jour où le chef est en congé et qu'un extra assure le service, l'information disparaît. Le support écrit, lui, reste.

Vente à distance et livraison : l'information avant l'achat

La vente en ligne, la livraison via une plateforme et la commande à emporter passée à distance suivent une logique plus stricte. Le règlement INCO impose que, pour la vente à distance, l'information allergènes soit disponible avant la conclusion de l'achat, sans frais supplémentaire pour le consommateur.

En clair : sur votre site, votre page de commande ou votre fiche sur une plateforme de livraison, le client doit pouvoir consulter les allergènes de chaque plat avant de payer. Renvoyer cette information à la livraison ou à un appel téléphonique ne suffit pas, puisque la commande est déjà conclue.

Les plateformes de livraison proposent généralement un champ allergènes par produit. Beaucoup de restaurateurs le laissent vide par confort. C'est une non-conformité, et c'est aussi un risque réel : un client allergique commande à distance, sans pouvoir poser de question au serveur comme il le ferait en salle. La fiabilité de l'information écrite devient vitale.

Pour les plats vendus emballés et préparés à l'avance (un sandwich sous film en vitrine, un bocal), on bascule sur les règles d'étiquetage des denrées préemballées : les allergènes doivent figurer dans la liste des ingrédients, mis en évidence (en gras, par exemple).

Organisation en cuisine : éviter les contaminations croisées

Informer correctement, c'est la première moitié du travail. L'autre moitié se joue derrière le passe : éviter qu'un allergène se retrouve dans un plat censé en être exempt. Une trace suffit à déclencher une réaction chez une personne très sensible, et l'anaphylaxie peut être mortelle. L'ANSES rappelle que les allergies alimentaires sont une cause significative de réactions sévères, et leur prévalence est en hausse.

La contamination croisée arrive par plusieurs chemins concrets.

La même planche sert à couper du pain (gluten) puis des légumes pour une assiette annoncée sans gluten. La friteuse cuit des beignets de crevettes (crustacés) puis des frites destinées à un client allergique. Une cuillère plonge dans la sauce moutarde puis dans une autre préparation. Les mains touchent de la farine puis dressent une assiette sans la lavage intermédiaire.

Quelques règles d'organisation limitent ce risque.

Séparer dès le stockage : étiqueter et isoler les produits allergènes, éviter le ruissellement (un sac de farine ouvert au-dessus d'autres denrées).

Dédier du matériel quand c'est possible : une planche, un ustensile, une zone de travail pour les commandes sensibles, surtout le sans gluten.

Nettoyer entre deux préparations : un plan de travail, une lame, une friteuse ne sont propres pour un allergique que s'ils ont été nettoyés, pas juste essuyés.

Travailler dans le bon ordre : préparer les plats sans allergène en premier, sur surfaces propres, avant de manipuler les ingrédients à risque.

Communiquer la commande sensible : quand un client signale une allergie, l'information doit remonter du serveur jusqu'au cuisinier, clairement, et déclencher une vigilance particulière.

Aucune cuisine ne garantit l'absence totale de traces, surtout dans un espace partagé. C'est pourquoi, quand le risque ne peut pas être maîtrisé, il faut le dire honnêtement au client plutôt que de laisser croire à un "zéro allergène" impossible à tenir.

Fiches recettes et registre des allergènes

Le pivot de tout le dispositif, c'est la fiche recette. Pour chaque plat de la carte, vous documentez la liste complète des ingrédients, en remontant aux composants des produits transformés que vous achetez. C'est là que se cachent les allergènes invisibles : le bouillon qui contient du céleri, la sauce qui contient du soja, le pain qui contient du lupin.

La méthode tient en quelques étapes.

Récupérez les fiches techniques fournisseurs de chaque produit acheté. Elles indiquent les allergènes et les mentions "peut contenir des traces de". Conservez-les, elles font partie de votre traçabilité.

Pour chaque recette, listez les ingrédients et reportez les allergènes correspondants. Le plat hérite des allergènes de tous ses composants.

Compilez un registre des allergènes synthétique : un tableau plat / allergène, lisible, consultable en salle et en cuisine. C'est le document que le serveur ouvre quand un client demande.

Mettez à jour à chaque changement de recette ou de fournisseur. Un registre figé depuis deux ans est dangereux : il dit la vérité d'avant.

Ce travail recoupe directement votre traçabilité alimentaire. Les fiches techniques fournisseurs servent à la fois à tracer les lots et à documenter les allergènes. Bien organisée, la même information sert deux obligations.

Formation du personnel

Un registre parfait ne vaut rien si l'équipe ne sait pas s'en servir. La réglementation hygiène impose plus largement que le personnel soit formé et encadré à hauteur de ses responsabilités. Sur les allergènes, cela se traduit par des points simples mais cruciaux.

Chaque membre de l'équipe qui prend une commande ou prépare un plat doit connaître l'existence des 14 allergènes, savoir où se trouve le registre, et savoir quoi répondre quand un client signale une allergie. La bonne réponse n'est jamais "je pense que c'est bon". C'est "je vérifie" suivi d'une consultation du support.

Le réflexe à ancrer : une allergie déclarée par un client n'est pas une préférence, c'est une consigne de sécurité. Elle se transmet à la cuisine, elle déclenche une vérification du registre, et en cas de doute on oriente le client vers un autre plat plutôt que de prendre un risque.

Pour les extras et les nouvelles recrues, prévoyez un point d'accueil court sur ce sujet. C'est précisément le moment où les erreurs surviennent, parce que la personne ne connaît pas encore les recettes maison.

Le cas du sans gluten

Le sans gluten cristallise les malentendus, parce qu'on confond souvent l'information réglementaire et la promesse commerciale.

Indiquer qu'un plat contient du gluten relève de l'obligation INCO : c'est de l'information. Annoncer un plat comme "sans gluten", en revanche, est une allégation, et elle engage votre responsabilité. Si vous écrivez "sans gluten" sur la carte, le client cœliaque s'attend à un plat réellement sûr pour lui, contaminations croisées comprises.

Or un cœliaque réagit à des quantités infimes. Une planche partagée avec du pain, une friteuse commune, une cuillère qui a touché de la farine : tout cela peut suffire. Tenir une mention "sans gluten" suppose donc une organisation dédiée, pas juste une recette sans farine.

La règle de prudence : ne promettez "sans gluten" que si vous maîtrisez réellement la chaîne, du stockage au dressage. Sinon, restez sur l'information factuelle ("ce plat ne contient pas de céréales à gluten dans sa recette, mais il est préparé dans une cuisine qui en manipule"). C'est plus honnête, et juridiquement plus sûr.

La responsabilité du restaurateur

Le restaurateur est responsable des informations qu'il communique et de la sécurité des plats qu'il sert. Sur les allergènes, deux niveaux de responsabilité se cumulent.

Le premier est le respect de l'obligation d'information. L'absence d'information allergènes, ou une information erronée, constitue un manquement aux règles d'information du consommateur. La DGCCRF, qui veille à l'application de ces règles, peut le relever lors d'un contrôle.

Le second, plus lourd, est la sécurité du consommateur. Si une information fausse ou une contamination croisée provoque une réaction allergique chez un client, la responsabilité du restaurateur peut être engagée, avec des conséquences qui dépassent largement le cadre administratif. C'est pour cela qu'il vaut mieux dire "je ne peux pas garantir l'absence de traces" que d'affirmer à tort qu'un plat est sûr.

La bonne posture n'est pas défensive, elle est professionnelle : savoir exactement ce qu'il y a dans ses plats, le dire avec exactitude, et reconnaître les limites de sa cuisine quand elles existent.

Erreurs fréquentes vues sur le terrain

Quelques écueils reviennent presque systématiquement lors d'un audit.

Aucun support écrit, tout repose sur la mémoire du chef. Le jour où il n'est pas là, l'information s'évapore.

Un registre obsolète qui ne reflète plus les recettes ni les fournisseurs actuels. Le document existe, mais il ment.

Les allergènes "cachés" oubliés : céleri dans les fonds de sauce, soja dans les sauces asiatiques, sulfites dans le vin de cuisine, gluten dans la sauce soja classique.

Le champ allergènes laissé vide sur les plateformes de livraison, alors que l'information doit y figurer avant l'achat.

Le "sans gluten" annoncé sans organisation dédiée, avec friteuse et planches partagées : une allégation que la cuisine ne peut pas tenir.

Le personnel non briefé, qui répond au feeling à une question d'allergie au lieu de consulter le support.

Une seule planche et un seul couteau pour tout, sans nettoyage entre une préparation à base de farine et une assiette annoncée sans allergène.

Le regard de l'auditeur

Quand nous regardons la gestion des allergènes lors d'un audit 360°, nous ne nous contentons pas de vérifier qu'un classeur existe. Nous testons la chaîne complète.

Nous prenons un plat de la carte au hasard et nous demandons sa composition allergènes. La réponse doit être rapide, écrite, vérifiable. Nous remontons ensuite aux fiches techniques fournisseurs pour confirmer que les allergènes cachés (céleri, soja, sulfites) ont bien été identifiés. Nous observons l'organisation en cuisine : matériel, ordre de préparation, séparation des produits, gestion d'une commande "allergie". Et nous interrogeons un membre de l'équipe, pas le chef, pour voir si le réflexe "je vérifie le registre" est réellement ancré.

Ce point fait partie des 12 thèmes que nous passons au crible, aux côtés de la chaîne du froid, de la traçabilité, du plan de maîtrise sanitaire et des affichages obligatoires. Chaque non-conformité repérée donne lieu à une action corrective concrète, priorisée et datée, dans notre méthode d'audit. La gestion des allergènes pèse lourd, parce qu'elle touche à la fois la conformité et la sécurité directe du client.

Pour situer ce thème dans l'ensemble de la démarche, voyez nos 10 piliers de l'hygiène en restauration.

FAQ

Les 14 allergènes sont-ils obligatoires pour tous les restaurants ?

Oui. La liste des 14 allergènes à déclaration obligatoire vient de l'annexe II du règlement INCO (UE) n° 1169/2011 et s'applique à tous les établissements qui servent des denrées alimentaires, sans distinction de taille ni de type. Food truck, brasserie, étoilé, traiteur : même obligation.

Dois-je obligatoirement afficher les allergènes sur la carte ?

Non, l'affichage sur la carte n'est pas la seule forme acceptée. Le décret n° 2015-447 permet aussi de fournir l'information "à la demande", à condition d'indiquer par une mention écrite que le client peut l'obtenir, et d'avoir un support écrit interne fiable que le personnel consulte. L'information doit exister et être accessible, peu importe le support choisi.

Comment gérer les allergènes en livraison ?

Pour la vente à distance et la livraison, l'information allergènes doit être disponible avant la conclusion de l'achat, sans frais pour le client. Concrètement, chaque plat de votre fiche en ligne ou sur la plateforme de livraison doit indiquer ses allergènes avant que le client paie. Le champ allergènes des plateformes doit être renseigné, pas laissé vide.

Puis-je écrire "sans gluten" sur ma carte ?

Vous le pouvez, mais c'est une allégation qui vous engage. Un client cœliaque s'attend alors à un plat réellement sûr, contaminations croisées comprises. Cela suppose une organisation dédiée (matériel, friteuse, plan de travail séparés). Sans cette maîtrise, mieux vaut une information factuelle honnête plutôt qu'une promesse que la cuisine ne peut pas tenir.

Qui contrôle l'information sur les allergènes ?

L'application des règles d'information du consommateur, dont les allergènes, relève de la DGCCRF (Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes). Un manquement peut être relevé lors d'un contrôle. Indépendamment, la responsabilité du restaurateur peut être engagée si une information erronée provoque une réaction chez un client.

Le céleri et le lupin, vraiment des allergènes courants ?

Oui, et ce sont les plus oubliés. Le céleri se cache dans de nombreux fonds de sauce et bouillons industriels. Le lupin se trouve dans certaines farines utilisées en boulangerie et pâtisserie. Vérifiez systématiquement les fiches techniques de vos produits transformés, ces allergènes y apparaissent souvent sans qu'on s'y attende.

Sources officielles

  • Règlement (UE) n° 1169/2011 (INCO) sur l'information des consommateurs sur les denrées alimentaires : eur-lex.europa.eu
  • Décret n° 2015-447 du 17 avril 2015 relatif à l'information des consommateurs sur les allergènes (denrées non préemballées) : legifrance.gouv.fr
  • DGCCRF, information sur les allergènes : economie.gouv.fr
  • Service-Public, obligations d'information alimentaire : service-public.fr
  • ANSES, allergies alimentaires : anses.fr

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